Azerbaijan

Lettre au ministre, “La véritable hystérie anti-azerbaïdjanaise”

By | Blog Mediapart.fr

November 19, 2020 

Monsieur le Ministre,

La véritable hystérie anti-azerbaïdjanaise se manifeste en France tant dans les médias que dans les murs de l’Assemblée Nationale, et nous, les citoyens français d’origine azerbaïdjanaise, sommes indignés par la position pro-arménienne du MEAE de la France – pays coprésident du Groupe de Minsk de l’OSCE. 

La neutralité

Dans les murs de l’Assemblée Nationale, les députés du parti au pouvoir font campagne pour l’adoption de la déclaration de reconnaissance de soi-disant république de Haut-Karabagh.  Pourtant, nous n’avons pas entendu la réaction à ce fait de la part de votre Ministère. 

Les médias français montrent les images de l’envoi de citoyens français d’origine arménienne dans une zone de combat dans Karabagh. Ne constitue-t-il pas une violation de la Convention Internationale du 4 décembre 1989 contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires, sans parler de statut de médiateur de la France ? Pourtant, votre ministère est silencieux sur ce sujet dangereux.  

Depuis le juillet, le soi-disant drapeau d’une entité séparatiste flotte dans la ville de Bourg-lès-Valence, mais votre Ministère ne réagit non plus à cette violation de la législation française (nous ne parlons même pas ici des obligations internationales de la France).

À Paris, depuis 2008, il fonctionne représentation permanente de la république d’Artsakh en France , qui mène un travail subversif contre les relations franco-azerbaïdjanaises. Et avec succès, monsieur le Ministre, car les relations entre l’Azerbaïdjan et la France souffrent aujourd’hui en grande partie à cause des activités destructrices de la diaspora arménienne. Mais ça ne vous dérange pas. 

Et comment réagirez-vous si à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, il ait une représentation de Front de Libération Nationale Corse, et que le drapeau du FLNC – avec l’emblème sympathique d’un fier Corse – flottera devant l’hôtel de ville d’une petite ville de Barda, qui a souffert de l’attaque aux armes à sous-munitions de la part d’Arménie les 27-28 octobre derniers, à la suite de laquelle 25 civils, y compris les femmes et les enfants ont été tués, 83 ont été blésés. Votre Ministère, toujours volontairement donnant des leçons de droits de l’Homme, fait la sourde oreilles aux ces crimes de guerre.

Donc, c’est comme ça que vous comprenez la neutralité ? Peut-être l’appelle-t-on autrement – une expression formelle de neutralité et le soutien de facto à l’agresseur? L’agresseur, qui efface aujourd’hui des quartiers civils dans les villes de Gandja, Barda, Terter, Goranboy, Beylagan et plusieurs autres qui se trouvent des dizaines de km de la zone de conflit. Il y’a déjà eu 91 morts, y compris les femmes, les enfants et les personnes âgées parmi les civils. 

L’Histoire

Dans la lettre ouverte qui vous a été adressée par les réalisateurs arméniens, il est indiqué que Lénine, qui croyait faire basculer Mustapha Kemal dans le camp bolchévique, laissa Staline dépecer l’Arménie et livrer le Haut Karabagh à l’Azerbaïdjan. Les acteurs et les réalisateurs peuvent être pardonnés de ne pas connaître l’histoire du pays étrangère pour eux, mais nous espérons que vous, agrégé d’histoire, n’avez pas cru à cette allégation fantastique. Juste au cas où, rappelons les faits réels de l’histoire. 

Par un décret du 5 juillet 1921, le Bureau du Caucase du Comité Central du Parti communiste russe, a conféré une autonomie à la communauté arménienne du Karabagh par la décision dont les termes étaient clairs et précis: «Partant de la nécessité de la paix nationale entre les musulmans et les Arméniens, les liens économiques entre le Karabagh supérieur et inférieur et ses liens constants avec l’Azerbaïdjan, maintenir le Haut-Karabagh en République soviétique d’Azerbaïdjan, en lui conférant une large autonomie régionale.  Les mots choisis –liens constants et maintenir – sont sans ambiguïté aucune, et contredisent les tentatives de réécriture de l’histoire, qui prétendent à un livraison du Haut-Karabagh à l’Azerbaïdjan. 

Quant au livraison, il a bel et bien eu lieu, mais il s’agissait d’une toute autre région – le Zanguezour, et à tout autre pays – l’Arménie soviétique. Le Zanguezour occupait géographiquement la partie sud-ouest de l’Azerbaïdjan et était peuplé principalement de musulmans. Selon le dernier recensement de l’Empire russe de 1917, 224 mille personnes vivaient sur son territoire, dont environ 119.7 mille musulmans et 99.3 mille arméniens. Toutefois, par le traité russo-arménien, signé le 2 décembre 1920 à Erivan, le gouvernement de la Russie bolchevique a reconnu à l’article 3 le district du Zanguezour comme partie intégrante de l’Arménie soviétique. Grâce à ce cadeau, l’Arménie soviétique s’est trouvée frontalière de l’Iran, tandis que l’Azerbaïdjan perdait sa liaison terrestre avec la région du Nakhitchevan, qui est devenu enclave, et avec la Turquie, ce qui était l’objectif stratégique de Moscou.

Comment les bolcheviks expliquaient-ils la nécessité de rattachement de cette région à l’Arménie ? Dans son télégramme du 20 juillet 1920 le chef de la diplomatie de la Russie soviétique Tchitcherine a écrit dans une lettre à Staline à ce sujet: Il nous faut établir des relations avec l’Arménie, car il peut arriver que si la Turquie se retourne contre nous, l’Arménie, même dachnak, sera un avant-poste dans la lutte contre l’offensive des turcs». C’est dans ce contexte que la question du Zanguezour a été décidée en faveur de l’Arménie. 

En d’autres termes, Lénine et Staline n’ont pas livré le Karabagh à l’Azerbaïdjan pour plaire à Kemal. Au contraire, ils ont livré le Zanguezour à l’Arménie pour couper l’Azerbaïdjan de la Turquie, et isoler Kemal de la Transcaucasie. 

Ainsi, les acteurs et les réalisateurs doivent faire leur métier et ne pas entrer dans des questions qu’ils ne comprennent pas.

Le Droit International

L’occupation de Haut Karabagh et de 7 régions adjacentes de l’Azerbaïdjan dans des années 1991-1994 a conduit à une déportation de plus de 40 mille azerbaïdjanais de cette région, soit près de 22% de la population de Haut-Karabagh selon le dernier recensement de l’URSS de 1989, ainsi que de plus de 700 mille azerbaïdjanais des autres 7 occupés. Aucune inquiétude de votre part face à la violation des droits des expulsés azerbaïdjanais. 

Par contre, en avril-novembre 1993, le CS de l’ONU a adopté 4 résolutions qui confirment la souveraineté de l’Azerbaïdjan, son intégrité territoriale et l’inviolabilité de ses frontières internationales, et exigent le retrait immédiat, complet et inconditionnel des forces d’occupation de toutes les régions d’Azerbaïdjan. La France a voté 4 fois pour ces résolutions, qui sont d’ailleurs au cœur du mandat des coprésidents, mais nous n’avons jamais entendu parler de ces résolutions ni de votre part ni de la part de Monsieur le Président. 

Peut-on appeler cela une position impartiale? Nous pensons que non. 

Nos contacts avec notre famille, nos proches et nos amis en Azerbaïdjan montrent, monsieur le Ministre, que l’autorité et l’image de la France en tant qu’état ami ainsi que les relations franco-azerbaïdjanais ont été durement frappés par la position partiale de la France. Ce coup vient de Paris et Lyon, Marseille et Bourg lès Valence. Nous espérons que, en tant que diplomate et homme politique chevronné, vous comprendrez les conséquences dangereuses de ce tendance et ferez de votre mieux pour remédier à cette situation.

Les signataires

Gunel Safarova, Présidente de l’Association Dialogue France-Azerbaïdjan, LyonAytan Mouradova, Présidente de l’Association Culturelle d’Ulduz, ParisShabnam Suleymanova, Trésorière de l’Association Scientifique ALIM, ParisKemale Gulmemmedova, Présidente de l’Association Franco-Azerbaïdjanaise de la Jeunesse, ParisTogrul Zeynalov, Président de l’Association Culturelle d’Azerbaïdjan en France, Nantes Farid Aliyev, Président de l’Association des Etudiants Azerbaïdjanais en France, Strasbourg et Dilbadi Gasimov, Président de l’Association Kapaz, Strasbourg