La culture Amazighe au Maroc, un charme singulier

Réalisé par Solaimane Lbakassi

16 mai 2021

Le Maroc, un pays unique en son genre, un pays de la rive sud de la méditerranée où sont croisées différentes cultures, civilisations, langues, croyances et religions. une diversité culturelle qui s’ajoute à une diversité géographique menant à cet égard à une symbiose ethnique.

L’histoire millénaire du Royaume regorge de plusieurs exemples de cohabitation et tolérance, une histoire dont les points de repères analysés nous démontre ce lien inconditionnel avec le berceau de la civilisation (le Croissant fertile, la Mésopotamie, le levant…). Certes, les écrits historiques nous dévoilent  proportionnellement les événements majeurs de chaque phase historique, mais la lecture et l’analyse doivent être pluridisciplinaires voire interprétatives. En épistémologie et en histoire, un travail empirique suit un processus de méthodologie historique (interprétation, déontologie, ethnologie…).C’est dans ce cadre historique que nous allons concentrer l’attention sur un groupe  ethnique connu par son ancienneté et sa cohabitation avec différentes civilisations ; cette ethnicité considérée comme les autochtones de l’Afrique du Nord (Afrique du Nord, Egypte, les Canaries) étaient présentes sur un territoire géographique très vaste. Malheureusement, cette omniprésence considérable dans l’Afrique du Nord commençait à se restreindre, à un  certains moment de l’histoire, pour des raisons connues (invasions, guerres et répressions).

Au Maroc Les Imazighen représentent 15 000 000 – 20 000 000 de la population marocaine, une présence qui dépasse la moitié de la population. Cette présence considérable poussait les intellectuels marocains à revendiquer de nouvelles réformes en faveur de la culture Amazighe. En fait, la culture Amazighe a vécu des moments d’oublis et de marginalisation politique durant une longue période (questions de l’identité et de l’arabisation…). Ce processus de revendication n’était pas bien accueilli par certains opposants, heureusement que le Royaume du Maroc est guidé par un Monarque qui décide et adopte les réformes suite aux pourparlers, bien évidemment, avec les parties concernées.

Pour déceler davantage les raisons qui ont poussé les intellectuels Amazighs à revendiquer le droit d’institutionnalisation de la culture Amazighe au Maroc, il faut bien relativiser et analyser le contexte social, culturel, politique et identitaire durant la période de l’émergence du mouvement Amazighe au Maroc, cette période de bouleversements sociaux et politiques a favorisé l’apparition d’une classe moyenne scolarisée qui sera la base de l’émancipation de la communauté Amazighe sur des questions sociales, politiques, et identitaires ( en Parallèle, les mouvements de gauche et du marxisme gagne le terrain au Maroc et ailleurs…). Cet engouement inattendu nécessite une implication totale des intellectuels et de l’Etat, une chose nécessaire pour créer une identité discursive qui valorise l’individu Amazighe. Ce mouvement intellectuel refusait fermement le terme Berbère, perçu comme péjoratif, et adoptait le terme Amazigh comme identité éloignant à cet égard une nomination impropre à la culture Amazighe. Par conséquent, le point le plus important demeure la mise en valeur de l’Amazighe comme langue et pas comme une oralité, une autre discrimination de cette culture à cette époque, en réponse aux adversaires qui jugent les dialectes Amazighs inférieurs à la langue arabe, ce va et vient entre les intellectuels du Panarabisme et du mouvement Amazighe sera un avantage en faveur de la question Amazighe au Maroc (Post-colonialisme 1960),puisque l’Etat commençait à s’intéresser aux questions identitaires, la pluralité et l’intellectuel afin de créer une convivialité réciproque.

This unexpected craze requires full involvement of intellectuals and the state, something necessary to create a discursive identity that values ​​the Amazigh individual. This intellectual movement firmly rejected the term Berber, perceived as pejorative, and adopted the term Amazigh as an identity, removing in this regard a nomination unsuitable for Amazigh culture. Therefore, the most important point remains the enhancement of Amazigh as a language and not as an orality, another discrimination of this culture at that time, in response to opponents who judge the Amazigh dialects inferior to the Arabic language, this coming and going between the intellectuals of Pan-Arabism and the Amazigh movement will be an advantage in favor of the Amazigh question in Morocco 

Mais ce qui intrigue les intellectuels de cette période est, comment assurer cette corrélation entre un mouvement confiné dans les milieux universitaires et la population Amazighe, une population dispatchée sur un territoire immense ?

Aux années 1960, il y avait la naissance du premier Mouvement Culturel Amazigh, une première au Maroc, ce mouvement rassemblait plusieurs figures qui militait pour une reconnaissance et une adoption de leur identité. Le contexte politique de l’époque fermé à toute liberté d’expression ainsi que la fragilité du mouvement naissant expliquent cette hésitation à reconnaitre certaines notions (Amazigh au lieu de Berbère) . Ce n’est qu’à partir des années 1980 que le terme « amazigh » est explicitement utilisé. Il y avait également, en 1967,  la création de l’Association Marocaine pour la Recherche et les Echanges Culturels (AMREC), une Association qui a pour but la promotion des cultures et des arts.

A partir des années 1970, d’autres associations sont créées à Rabat, Nador, Agadir et Casablanca. L’année 1980 consacre la visibilité du Mouvement culturel amazigh naissant. Elle correspond à la tenue de la première session de l’université d’été d’Agadir, dont le thème est « La culture populaire. L’unité dans la diversité ». Une dizaine d’années plus tard, en 1991, on assiste à la signature de ce qui est considéré comme l’acte fondateur du MCA, à savoir la Charte relative à la langue et à la culture amazighes au Maroc. Cette « Charte d’Agadir », signée par six associations, rassemble les principales revendications du Mouvement déclinées en sept objectifs à atteindre, dont : la stipulation dans la constitution du caractère national de la langue amazighe, à côté de la langue arabe ; l’intégration de la langue et de la culture amazighe dans divers domaines d’activités culturelles et éducatives, et leur insertion dans les programmes d’enseignement ; le droit de cité dans les média. La réponse de l’Etat aux revendications amazighes survient en 2001 avec la création, par dahir royal, de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM). L’institution est chargée de

Ten years later, in 1991, we witness the signing of what is considered the founding act of the MCA, namely the Charter relating to the Amazigh language and culture in Morocco. This “Agadir Charter”, signed by six associations, brings together the main demands of the Movement broken down into seven objectives to be achieved, including: the stipulation in the constitution of the national character of the Amazigh language, alongside the Arabic language; the integration of the Amazigh language and culture in various fields of cultural and educational activities, and their inclusion in educational programs; the right of citizenship in the media.

The state’s response to Amazigh demands came in 2001 with the creation, by royal dahir, of the Royal Institute for Amazigh Culture (IRCAM). The institution is responsible for« sauvegarder, de promouvoir et de renforcer la place de la culture amazighe dans l’espace éducatif, socioculturel et médiatique national ainsi que dans la gestion des affaires locales et régionales ».En 2011, un événement historique émerge sur la scène culturelle et politique, L’article 5 de  la Constitution prévoit que l’amazighe devait devenir une langue officielle de l’État en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception, une première dans la région de l’Afrique du Nord, ci-dessous un extrait :

Section 1 : Principes constitutionnels

Article 5

L’État s’engage à :

  1. a) Garantir la langue, la culture et la civilisation amazighes en tant qu’identité et patrimoine communs à l’ensemble des Marocains, sans exception;
  2. b) Garantir l’égalité des deux langues officielles, sans discrimination aucune, et considérer toute dépréciation ou tout mépris de la langue amazighe comme une forme de discrimination raciale ou ethnique passible de sanctions pénales,
  3. c) Préserver et promouvoir le patrimoine culturel et civilisationnel amazigh.

Cette officialisation de la langue Amazighe dans l’enseignement élémentaire et primaire garantira une préservation totale de cette identité riche, qui constitue un composant vital de l’identité Marocaine.

Ce fut un processus laborieux pour reconnaitre la culture Amazighe, mais la volonté étatique était au rendez-vous, ce qui a mené à une adoption et officialisation historique de ce composant vital de la société marocaine, une société qui regroupe entre ses ficelles d’autres identités à savoir ; la composante Sahraoui Hassani, la composante Juive et la composante Maure. l’ensemble de ces composantes constituent un privilèges et une richesse pour l’identité marocaine. Une symbiose qui régnait dans le Souss, le Nord et le Sahara entre les Amazighs, les Arabes et les Juifs sans porter nuisance à aucun d’entre elles et, l’héritage culturel nous dévoile cette tolérance inédite dans la région. en effet, nous pouvons dire que la situation des Amazighs au Maroc est beaucoup plus favorables par rapport aux autres pays voisins, puisque le statu quo dans ces pays démontre une situation morose de cette culture opprimée par les pouvoirs et les médias. Pour mieux comprendre l’émancipation de l’Etat sur la cause Amazighe au Maroc il faut revenir aux années 1990, afin de comprendre cette montée en flèche des leaders politiques Amazighe, un domaine dominé auparavant par les Fassis et les arabes.

Au début des années 1990 la présence des amazighe dans la scène politique commençait  s’accentuer, donnant l’accès au parlement à plusieurs figures emblématiques Amazighe. Actuellement, (Gouvernement actuel) les Amazighs se sont imposés au sein de l’alliance gouvernementale, le premier ministre marocain est un Amazigh de la région de Souss. Cette montée sociale n’est pas un fruit du hasard pour une communauté issues des régions marginalisées et moins équipées, c’est un processus de long combat et de persévérance qui caractérise les Amazighs. Pour s’élever dans l’échelle sociale, ils  quittent leurs régions et s’implantent dans la capitale économique, où ils lancent une OPA sur le commerce et le négoce. Ils démarrent d’abord avec les épiceries, qui leur permettront ensuite d’investir ailleurs (restaurants, boulangeries, hôtels ou encore magasins d’habillement). Cette ascension sociale a mené à une ascension politique, favorisant ensuite l’éclatement d’une bourgeoisie Amazighe qui revendique un intérêt agrandissant pour les zones ayant une forte représentation de cette culture. Malgré les reformes menées jusqu’à présent, certaines région au Maroc, où il y a une forte concentration des amazighs, souffrent encore de l’absence de plusieurs éléments vitaux pour une vie saine et juste, ces régions sont encore moins équipées et moins reliées aux autres régions urbaines, ce qui constituent une sorte de marginalisation et disparités entre ces gens-là et les autres régions marocaines.

This social ascent led to a political ascent, then favoring the break-up of an Amazigh bourgeoisie which claims an increasing interest in areas with a strong representation of this culture. Despite the reforms carried out so far, certain regions in Morocco, where there is a high concentration of Amazighs, still suffer from the absence of several elements vital for a healthy and fair life, these regions are even less equipped and less connected. to other urban regions, which constitutes a kind of marginalization and disparities between these people and other Moroccan regions. then promoting the break-up of an Amazigh bourgeoisie which claims an increasing interest in areas with a strong representation of this culture. Despite the reforms carried out so far, certain regions in Morocco, where there is a high concentration of Amazighs, still suffer from the absence of several elements vital for a healthy and fair life, these regions are even less equipped and less connected. to other urban regions, which constitutes a kind of marginalization and disparities between these people and other Moroccan regions. then promoting the break-up of an Amazigh bourgeoisie which claims an increasing interest in areas with a strong representation of this culture.

Despite the reforms carried out so far, certain regions in Morocco, where there is a high concentration of Amazighs, still suffer from the absence of several elements vital for a healthy and fair life, these regions are even less equipped and less connected. to other urban regions, which constitutes a kind of marginalization and disparities between these people and other Moroccan regions.

 Pour conclure, les avancées réalisées dans cette questions d’institutionnalisation de la culture Amazighe au Maroc sont considérables, personne ne peut nier cette évolution encouragée par le Royaume, les organismes internationaux et par la communauté Amazighe, cette communauté autochtone qui a su s’adapter au flux migratoires venant des quatre coins du globe, et qui a créé un brassage et une symbiose culturelle dans le Royaume, donnant un exemple de tolérance pour les autres voisins de la région.

 

Réalisé par Solaimane Lbakassi